Rencontres à Reguengos de Monsaraz

Reguengos de Monsaraz. Une petite ville que nous n’avions que très vaguement repérée sur la carte ; une très heureuse surprise dans nos découvertes… Est-ce le contexte de notre arrivée au début du carnaval ou celui de nos bouleversements intérieurs liés au voyage? Nous avons passé ici treize jours inoubliables…

Traversant une période d’accalmie dans la préparation du festival, nous en profitons pour continuer les peintures sur le car. Et dans le doute de pouvoir reconduire l’expérience, nous avons pris conscience qu’au moins, il fallait profiter de chaque moment. 

Un matin, un car se gare à côté du nôtre ; un jeune couple de Vendéens avec un enfant. Nous sympathisons très vite avec Teddy, Muriel et Axel. Depuis 10 ans qu’ils ont opté pour le nomadisme et la vie en camion puis en car aménagé, nous avons de quoi échanger sur nos expériences et c’est un vrai plaisir de nous retrouver après nos déambulations de la journée.

Nous découvrons aussi « O compadre » un peu par hasard ; vente à emporter, bar et restaurant. Immédiatement, l’ambiance nous ravit. Les clients habitués nous observent d’un oeil bienveillant. La serveuse déploie une énergie incroyable pour animer le lieu. Le patron se montre attentif à notre envie de filmer. 

Il nous prévient ; le samedi du carnaval, Sol & Dó, un groupe de musique vient dîner, il faut sortir la caméra. Nous ne nous attendions pas à cette fanfare décalée et pleine de vie qui investit le café en quelques minutes et fait basculer nos plans de soirée tranquille. Tous ont commencé très jeunes dans la formation. C’est une longue histoire de transmission avec les aînés, et d’amitié. A 15 ans déjà, ils circulaient de bar en bar pour animer le carnaval de leurs mélodies tonitruantes. Le temps est passé et la bière a succédé au coca-cola ; ils ont aujourd’hui une petite trentaine d’années, vivent pour la plupart à Lisbonne mais reviennent immanquablement à Reguengos pour honorer cette soirée spéciale et à leur tour, travailler avec les plus jeunes. Très vite, la confiance s’installe et nous décidons de les suivre dans leur virée nocturne. La musique est entêtante et l’ambiance, chaleureuse. Nous découvrons des lieux improbables. 

Depuis que nous étions partis à la découverte du sud du Portugal (Alentejo et Algarve), nous commencions à nous sentir quelque peu étrangers et solitaires. Et puis il y a le moment où les résistances lâchent. Nous sommes tout à coup disponibles pour ce qui, en France, nous paraitrait très éloigné, et pris dans la danse sur des musiques populaires, nous nous libérons de nos codes pour simplement partager l’instant.

Alors la suite devient possible.

Francisco, éleveur et habitué du « O Compadre », nous invite à filmer ses vaches, puis à partager sa table avec ses amis. Telma, la serveuse, nous retrouve dans le car après le travail. Et tout à coup, nous nous sentons appartenir à une famille. Nous sommes reconnus et acceptés. 

Les images tournées-montées que nous leur montrons déclenchent de nouvelles idées, de nouvelles envies, de nouveaux contacts possibles.  

Et pourtant, nous savons que nous devons repartir et que c’est une déchirure. La dernière soirée se prolonge et personne n’arrive vraiment à y mettre fin. Nous ne faisons que passer, tout va très vite, tout va très fort, droit à l’essentiel. Jusque dans les silences. Nous profitons du temps ensemble au delà des incompréhensions linguistiques. Les regards et les sourires parlent d’eux-mêmes. Le cafard, la saudade du départ aussi. Quelque chose est arrivé. De magnifique, d’intense, d’inoubliable. 

Nous partons pour Evora où nous avons rendz-vous avec une famille - de sang cette fois - de l’association É Neste País. Le père est marionnettiste ; la mère et la fille travaillent sur les contes. Ce n’est qu’un premier contact rapide, mais nous nous reverrons puisque nous allons organiser avec eux 4 projections dans la ville. Contes en première partie, cinéma ensuite ; la perspective nous enchante!

Retour à Montemor-o-Novo. Là aussi, après un rendez-vous qui nous permet de confirmer les dates du festival, nous allons saluer José-Miguel Ribeiro dans son studio. C’est un réalisateur de films d’animation connu bien au-delà des frontières portugaises. Il nous présente Ana Carina Estróia, la productrice de Praça filmes, et nous passons la soirée avec eux à discuter de tout de rien, à faire connaissance. Encore de très belles rencontres… 

On nous avait dit que l’Alentejo, c’est l’âme de ce pays. Nous le quittons aujourd’hui avec regret, et déjà impatience de le retrouver en avril!